« Patience, anticipation, et des échecs pour progresser ! » c’est la recette que se donne Laurent BORY pour réussir sa conversion bio !

Laurent BORY (GAEC Au cœur du Forez) , à Saint Romain le Puy (Loire) est officiellement en conversion bio depuis le 12 mai 2017… mais l’idée a commencé à germer en 2014… voire même avant.

Membre de la Cuma de Curraize, Président du GIE Plaine d’Avenir depuis 2015, Laurent avait déjà constaté la baisse de ses rendements. Autre grosse alerte en 2014 : « Au moment de passer le produit phyto et fongicide sur mes maïs, j’ai été vraiment malade, et c’était la 2eme fois que cela m’arrivait, ça m’a fait comme une très grosse intoxication alimentaire, des maux de tête, tout ça…. J’avais les lunettes et le masque mais il faisait vraiment très chaud, alors j’avais enlevé le masque, et puis la cabine du tracteur n’est jamais totalement étanche, on se prend des vapeurs de produit…ça m’a fait un déclic, donc voilà, le bio pourquoi pas. »

IMG_1678Mais Laurent avait commencé à approcher l’idée dès 2012 : « j’avais pas mal discuté avec Laurent Grange, qui est en bio depuis plusieurs années, à l’occasion de la mélangeuse de la Cuma de Curraize dont on est tous les deux adhérents. En 2013, il m’a invité à participer à un voyage organisé en Allemagne par l’association départementale des bios. C’était un séjour de 2 jours, sur le coup  j’avais été un peu déçu parce qu’à cause de la mauvaise météo, le gars qu’on était allé voir avait essayé des cultures qui n’avaient pas super marché… mais ça a quand même été un voyage important pour moi, il y avait cet état d’esprit, toute cette approche de l’agronomie, franchement… en fait c’était super ! »

Laurent creuse alors l’idée du côté de sa coop, en lui demandant si elle prendrait du bio. «  La coop m’a dit non, alors j’ai dit tant pis, j’irai voir ailleurs, je me lance quand même… et après la coop m’a rappelé pour me dire oui, parce que la demande augmentait, notamment sur un gros contrat qui se préparait avec la Chine. ».

En 2015, Laurent se lance, avec une session de formation de 3 jours sur l’agriculture bio avec les 3 associés du GAEC et son fils Louis, encore à l’école, mais qui a déjà le projet de s’installer. Le diagnostic de conversion est sans appel : le système est trop intensif, il faut réduire pour passer  de 600 à 400 000 litres de lait.  « Ce n’était clairement pas envisageable de faire vivre 3 familles sur 400 000 litres !  » explique Laurent.

Autre difficulté : le bâtiment de l’atelier volaille n’est plus adapté, et il est très difficile de trouver de la volaille démarrée en bio.

« Mais au même moment, le voisin agriculteur me dit qu’il arrête, donc on dépose le dossier SAFER pour 39 hectares, pour  anticiper l’installation de Louis.  » Louis qui, entretemps, a décidé de ne pas terminer son BTS et d’engager tout de suite son installation en augmentant le troupeau de chèvres : » Louis avait une motivation assez faible pour le bio, il était plutôt matos, tracteur… c’est plus le fait de voir son père s’y intéresser qui l’a conduit à se poser aussi des questions »

2015 est décidément une année charnière, avec la création du GIE Plaine d’Avenir : « on a tout mené de front ! Le GIE, le projet de conversion, l’installation de Louis, on a arrêté l’atelier volailles pour se concentrer sur les laitières et les chèvres. Le GIE a été une super opportunité pour évoluer parce que je n’avais pas le matos pour passer en traitement mécanique.« 

IMG_1265V1Le GAEC a donc entamé en mai 2017 sa 1ère année de conversion. Laurent se donne 3 ans pour caler son nouvel assolement. « Actuellement j’ai donc 95 ha en herbe, 10 en maïs épis, 24 en céréales méteil. Mon objectif c’est la valorisation des protéines fourragères en autonomie sur l’exploitation, et le toaster  arrive fin juin. Et puis je veux remonter ma matière organique ; sur les parcelles qu’on a reprises et qui ont eu du maïs pendant 20 ans  je veux faire revivre le sol, refaire le taux d’humus. On met des bouchées doubles sur le démarrage, on le sait, mais ça vaut vraiment la peine, parce qu’on était vraiment au bout du système intensif « 

Laurent estime que pour lui, la principale difficulté de la conversion réside dans le changement de ration : « on passe d’un système en 2/3 ensilage maïs à un système tout à l’herbe, donc il faut vraiment bien anticiper sur le stock, la ration, calculer les surfaces nécessaires…et puis il faut vraiment cogiter son assolement, se projeter, faire des essais.  Donc sur  les choix d’assolement, je vais faire pas mal d’essais, l’agronomie, la vie du sol, ça m’intéresse vraiment, ça permet de réfléchir à son système. »

Laurent est convaincu de l’importance d’être curieux, aller voir les collègues, tester… « je m’appuie sur le réseau des bios, là on va aller au salon Tech and Bio en Suisse, c’est sûr que passer en bio demande un effort de formation supplémentaire ; il faut aller voir des gars qui fonctionnent différemment, voir comment les autres font sur les mêmes problèmes que nous, et puis tu crées d’autres réseaux d’échange… c’est l’ensemble qui fait avancer !  »

Le GIE Plaine d’Avenir compte désormais 2 bios ; comment cela se passe-t’il  avec les collègues en conventionnel ? « je trouve que la manière dont ça se passe est vraiment encourageante, chacun évolue à son rythme, et on a choisi un mode de cotisation qui incite chacun à se servir du matériel, donc à expérimenter. Par exemple, ceux qui ne binent pas ont quand même voulu tenter, et du coup, tout le monde est passé à un écartement de 60cm. Certains qui étaient assez réticents testent quand même ; parce qu’ils voient qu’on a fait du beau binage sur les cultures de Laurent [L. Grange].« 

Laurent est serein sur sa conversion : « Là, j’ai semé, ça se présente bien. Au pire, ce sera pareil. Et la marge non plus, ça ne peut pas être pire !  » dit-il avec humour. Avant de reprendre plus sérieusement : «  »moi, c’est vraiment une conversion de conviction. Il y a des fondamentaux d’agronomie à ne pas oublier. Donc pour moi, la conversion, c’est patience et anticipation, et accepter d’avoir des échecs parce que ça permet d’avancer« .

Avant la conversion : 90 ha –  70 laitières (610 000 litres ) – 40 chèvres (20 000 litres) – 2 500 volailles

Après la conversion : 129 hectares (dont 60 irrigables)- 70 laitières (610 000 litres), 80 chèvres.

Merci à Laurent pour son témoignage. Merci à Julie BORY pour les photos et les vidéos.