Nicolas MARKO est conseiller et référent « Agro-écologie » au sein de VIVEA Rhône-Alpes. A l’occasion du Salon Tech and Bio, il retrace pour nous la génèse et les évolutions du cahier des charges régional « agro-écologie » auquel les formations proposées doivent répondre pour bénéficier d’un financement VIVEA.
Transition écologique, agro-écologie, triple performance : quel que soit le nom retenu, Nicolas constate que le sujet est monté en puissance chez les agriculteurs. Approche-système, indicateurs, notions d’innovation… autant de notions clés pour VIVEA.

« En fait, on est partis du constat qu’on avait beaucoup de formations sur des approches innovantes et alternatives, notamment sur des systèmes élevages, mais en même temps, c’était des approches essentiellement techniques, donc on avait le sentiment qu’il manquait quelque chose d’important pour accompagner le changement. Si on regarde la transition écologique, le principe c’est la mobilisation des processus biologiques et une approche globale : la technique, l’économie, l’environnement, le social… »

« La notion d’innovation est  au coeur de la démarche ! »

« Les agriculteurs sont vraiment dans un processus d’exploration, ils avancent souvent par essais-erreurs » souligne Nicolas. « Ce qui est compliqué mais très riche dans cette démarche, c’est qu’ils avancent sans savoir forcément dès le départ où cela va les emmener, parce qu’ils vont explorer et tester des sujets et des techniques qui n’étaient pas prévus. Et c’est logique, parce que si le questionnement est de plus en plus large, les agriculteurs arrivent forcément sur des éléments qu’ils n’avaient pas envisagés au départ ! C’est vraiment un processus d’exploration-innovation, qui implique donc une prise de risque quand on décide de faire évoluer son système d’exploitation. Donc l’enjeu des formations, pour nous, c’est d’accompagner et de sécuriser cette prise de risque. »

« Les agriculteurs sont plus autonomes dans leurs démarches d’agro-écologie. »

D’autant que la posture des agriculteurs en agro-écologie est souvent plus active, plus autonome, comme le souligne Nicolas : «  l’agro-écologie nécessite d’adapter localement les pratiques qu’on voudrait mettre en œuvre, il y a donc vraiment un processus d’adaptation-appropriation par les agriculteurs. Il y a vraiment une rupture par rapport aux modes de développement descendants. Descendant ou ascendant, les deux approches ont chacune leurs avantages et leurs limites mais sur l’agro-écologie, le mouvement ascendant devient une référence. Après, il faut toujours tester, valider.  »

 

« Les indicateurs sont un point structurant pour le VIVEA »

La question du suivi et de la mesure de l’impact des changements est également centrale pour Nicolas : « Avec cette notion de prise de risque en situation de changement, on a considéré qu’il était absolument nécessaire d’utiliser en formation des indicateurs de performance techniques, économiques, sociaux (organisation du temps de travail, satisfaction du travail, image et identité de la profession agricole). Cette question des indicateurs est devenue pour nous un point vraiment structurant, on est passé d’une approche strictement technique à une approche systémique. On veut vraiment que les agriculteurs identifient et travaillent sur la diversité des impacts, on ne veut pas qu’ils parlent seulement rendement, ou seulement temps de tracteur, ou seulement biodiversité, on est vraiment attentifs à ce que les approches soient transversales. Les indicateurs doivent permettre aux agriculteurs de repérer la diversité des impacts ».

 

« La démarche collective est très importante ».

Ce travail est logiquement facilité par les démarches collectives, et VIVEA est également attentif à cette dimension dans les formations qu’il finance : «  la démarche collective est très importante dans ce contexte de prise de risque liée à l’innovation. En fait le collectif est un support pour entrer dans la spirale de l’innovation et évidemment, le groupe joue aussi une fonction de sécurisation, notamment par l’expérimentation dans le contexte local. Pour moi, il y a un vrai enjeu sur cette dimension du collectif. Parce que les groupes vont faciliter des savoir que les agriculteurs vont ensuite développer individuellement, parce que le groupe va engager collectivement des tests dont chacun va tirer un enseignement pour sa propre exploitation…et puis parce que l’échange entre pairs, c’est vraiment un point central en agro-écologie ! »
En 2016, VIVEA a financé 89 actions en Rhône-Alpes sur le cahier des charges agro-écologie, soit plus de 1000 stagiaires, auxquels il faut ajouter les formations spécifiques qui sont à raccrocher à des démarches d’agro-écologique.
Nicolas MARKO dresse les grandes lignes des évolutions à venir : « En 2018, le cahier des charges va évoluer : on va mettre l’accent sur l’expérimentation, le changement climatique, la capacité à communiquer sur les pratiques. Parce que chaque agriculteur est aussi un moteur du changement vers l’agro-écologie !  »

VIVEA est le fonds d’assurance formation des actifs non-salariés agricoles, habilité par décret du 30 novembre 2001. Il accompagne les chefs d’entreprise du secteur agricole et leurs conjoints dans le développement de leurs compétences et le financement de leur formation professionnelle continue.

photo en une et photo champignon (sur parcelle maïs) : ferme Max Gros-Balthazard.

photo test bêche : formation Rhizosphère.

crédit photos Rhizosphère.